lundi 6 décembre 2010

Haïkus « polar » d'Éric Lefebvre

Chères lectrices, chers lecteurs,

L'auteur de Sortie Lens-Est et de Requiem pour un toubib, Éric Lefebvre s'adonne aussi aux haïkus. Celui qui suit a pour titre: Morts violentes...

Âmes sensibles? Laissez-vous tenter...
Riffle Noir

Maux de l'auteur: l'idée est de reprendre la forme du haïku, à savoir un rythme 5/7/5 et de l'entraîner dans l'univers du polar pour créer un instantané un peu comme ce que faisait le célèbre photographe Weegee à New York.



MORTS VIOLENTES



Sous un réverbère,
      un homme allongé au sol
           le crâne éclaté


La corde est tendue
      Le visage grimaçant
            Nous tire la langue

Il pleut à torrents
      sous les roues de l’autobus
            dépassent deux jambes


Seul sous le soleil
      dans le bleu de la piscine
            flotte un petit corps

Dans la vieille grange
      Haut, sous la poutre maîtresse
           Se balance un corps


Sur la voie ferrée
     des membres une tête un tronc
            étrange puzzle !


Du sol au plafond
      la faïence des toilettes
            rouge de leur sang


Le feu s’est éteint
      contre un mur gît une forme
            recroquevillée

Au fond du canal
      prisonniers de leur voiture
            quatre bons copains


Plantée dans le sol
      une machette aiguisée
            maculée de rouge


De l’espagnolette
      est tendu un fil de fer
              qui serre une gorge


Tout au fond du puit
       pour qui sait tendre l’oreille
            résonnent des cris


Un homme à la mer
     un aileron fend les vagues
            rencontre sanglante


Au pied des falaises
      bercé par les vagues, un corps
             démantibulé

Mort au mois de juin
     dans l’odeur du chèvrefeuille
            d’un coup de marteau


Bourrasques de mars
      le vent fait danser les corps
            qui s’agitent en l’air

Allongé dans l’herbe
     son trou au milieu du front
            grouille de fourmis


Par la portière ouverte
      au bout d’une main gantée
           fume un revolver


Du haut de la tour
      le champs de Mars est si proche
             qu’il vient de sauter


Tout juste aiguisé
      il court, il court le rasoir
             sur la carotide


Dans son sac poubelle
     la peau bleuie par le froid
           gît un petit corps


Un cri étouffé
      ce foutu nœud de cravate
             serre vraiment trop


Cet odieux rentier
      la tête sous l’oreiller
            n’a plus besoin d’air.


Projetée en l’air
      la mine antipersonnelle
            lui hache les tripes

Les bois de justice
      sont érigés, car ce soir
             on rase gratis

Finir éventrée
      ah ! Quelle idée saugrenue
             d’avoir croisé Jack !

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