
Après une entrevue de son auteur, Éric Darsan parle à nouveau du 3eme polar de Dirck Degraeve.
Ce sympathique coup de cœur se passe lors de l'émission La Vie des Livres (Radio Plus 104.3 Mhz - Douvrin http://www.radioplus.fr/)
« Le compte-rendu de mes rencontres avec Pierre de Vilno et Jean d’Ormesson ayant en partie encouragé certains à faire de même en dehors des opérations, Lucie de Libfly me confiait tout récemment combien l’idée était intéressante et montrait « la vitalité de la vie littéraire et l’humanité des auteurs. »
Dans cet esprit j’ai désiré prolonger ma chronique de La Mort au détail de Dirck Degraeve via une interview par mail, la première sur ce blog, à laquelle l'auteur m'a fait l'honneur de bien vouloir se prêter, et que je retranscris ici avec son aimable autorisation et celle de Riffle Noir. Je tiens à les remercier, ainsi que Libfly, de cette opportunité de poursuivre un dialogue riche avec un auteur passionné autant que passionnant. »
« C’est Noël avant l’heure grâce à Libfly, à Riffle Noir et à Dirck Degraeve dont j’ai reçu le dernier roman policier il y a moins d'une semaine, et que je tiens à remercier.
L’histoire se déroule à la veille des fêtes dans la petite ville de Saulmères, à deux pas de la frontière belge, où un meurtrier a décidé de plomber l’ambiance déjà mortelle en assassinant Papy Malou, artisan à la retraite, à l'arme de guerre. L'affaire conduit le commandant Jacobsen et son lieutenant Maresquier à l’association Caritas au sein de laquelle Malou aidait bénévolement les clandestins.
Après Passé Mortel et Marais Noir, La Mort au détail est le troisième roman mettant en scène Sven Jacobsen et sa compagne Corinne Maresquier. Hantés par leurs passés respectifs, tentés chacun à leur manière par la dérive, ils vont ici évoluer parallèlement pour tenter de s'y retrouver sentimentalement comme professionnellement, au point de se demander avec eux, vers la moitié du livre, dans quel pétrin l'on s'est mis.
(...) si par ses thèmes et leurs prolongements on est réellement dans le polar contemporain, le style permet à la structure de faire quelques embardées du côté de la littérature blanche. Ainsi les changements de points de vue, qui nous font passer de Corinne à Jacobsen, ou encore ces focalisations internes inscrites en italique dont l'auteur, indéterminé, varie chaque fois, et qui ne sont pas sans rappeler Les Gommes de Robbe-Grillet. Sans parler de la délectation avec laquelle l’auteur passe au gré des personnages du registre soutenu (« torve », « bistre ») à une sorte de dialecte familier, bigarré, fleuri et pour tout dire improbable, qui emprunte tant au flamand qu’au vocabulaire des quartiers (« kotje », « binz », « histoire de oufs »).
Mais le plus frappant demeure l'univers de Saulmères, ville imaginaire dans laquelle se déroulent toutes les histoires de Dirck Degraeve. Où les Restos du cœur, le Secours catholique, le PMU et le Rotary se cotoient et font face à la "jungle", « sorte de microsome où tous les problèmes du monde actuel se concentrent », qui vient compléter le tableau en forcissant le trait, all man's land où réfugiés des conflits d’Afrique et d’Europe de l’est se regroupent par ethnies, entre les centres de rétentions et le mépris. Un univers parallèle où les références transposées (« la mort était son métier il n’y pouvait rien », l’opération « nuit et brouillard ») contribuent à nous plonger dans l’horreur quotidienne d’une société gangrenée à l'atmosphère délétère, pourrie par le profit et la peur, coincée entre la chienlit et le Kärcher.
Avec La Mort au détail Dirck Degraeve nous offre en cette fin d’année un roman surprenant, captivant et bien mené, où l’humour, l’amour et la musique permettent à quelques hommes de bonne volonté de croire encore un tant soit peu au Père Noël. »
« Une planque qui finit mal, des coups de feu, le coéquipier tué et Charles Klapa à l’hôpital ! La convalescence se fait à Quesnoy-sur-Deule, alors que ressurgit le souvenir de l’affaire Girard, traumatisante pour le gamin que Klapa était à l’époque. Entre passé et présent, on grimace en même temps que notre héros fatigué quand les cicatrices font mal. Et pousse la porte du magasin de jouets désaffecté pour retrouver celui qui, à l’époque, avait acheté ce fichu camion de pompier miniature ! C’est bien fait et l’histoire tient en haleine ! »
« (...) J'ai terminé la lecture de ce livre hier, et je dois dire qu'il m'a bien plu. J'ai pensé à plusieurs reprise connaitre le nom du coupable, mais à chaque fois, dans l'eau. Ce doit être là l'un des grands talents d'Olivier Hennion : savoir, entre les lignes, nous faire croire que..., faire naître ce sentiment qui finit par s'évaporer pour laisser la place à de nouvelles interrogations.
De plus, le livre sent le vécu, tant au niveau de l'enquête, qu'au niveau des personnages qui y sont dépeint avec force, caractère. Je suis ravi d'avoir "fait connaissance" avec cet écrivain. A-t-il un passé de flic? Connaitrait-il à ce point les hopitaux, les offices de notaires... On pourrait le croire, tant tout cela est bien décrit, analysé.
Enfin, une preuve de plus que le Npdc regorge de talents. (...) »
Christophe Drzemala - le 7 octobre 2011
Prologue
Le 14 mai de l’an de grâce 1643, Louis XIII dit le Juste, bien qu’il eût voulu qu’on l’appelât aussi le Chaste, s'éteignait dans son palais du Louvre. Il avait 42 ans. Ironie de l’Histoire : son père, Henri IV, disparaissait lui aussi un 14 mai, trente-trois ans plus tôt. Pendant exactement vingt-huit années, le roi avait nourri une méfiance extrême à l’égard de son épouse. Anne d’Autriche était toujours restée à ses yeux une descendante des Habsbourg dont la rivalité épuisait la France depuis plus d’un siècle… À telle enseigne que le testament limitait drastiquement les pouvoirs de la Régente et ouvrait des facilités déconcertantes aux ambitions du Parlement, de Condé et du prince de Conti.
Le matin du 20 mai, à 10 h, la reine convoquait D’Artagnan, le capitaine des Mousquetaires.
– Monsieur D’Artagnan, lui dit-elle, vous aurez à veiller sur le jeune roi. Des menaces de Fronde m’ont été rapportées…
– Sa Majesté, répondit le Gascon, peut compter sur mon dévouement absolu et sur ma fidélité indéfectible.
– Nous savons tout cela, Monsieur. Vous l’avez déjà prouvé en déjouant en son temps cet affreux complot. Elle faisait bien sûr allusion à Richelieu qui avait intrigué contre elle dix-huit ans plus tôt. Nous aurons d’ailleurs en Monsieur de Mazarin un allié plus sûr. Voici, je tenais à vous les remettre en remerciements… À ce moment précis, la Reine ouvrit un petit coffret de bois rose à son chiffre posé sur un coussin de velours pourpre dans lequel brillaient de tous leurs feux les ferrets qui avaient été un élément de la conspiration conduite contre elle puis elle le referma avec un soin tout particulier… Cette apparition raviva chez l’homme de guerre le souvenir de Constance Bonacieux, son amour de jeunesse. Empoisonnée par Milady de Winter au carmel de Béthune, elle y était désormais inhumée.
– Je ne saurais accepter un tel présent, s’excusa notre héros.
– Vous m’offenseriez !
– Dans ce cas… D’un pas mesuré et cérémonieux, le militaire s’approcha du bureau de la reine et se saisit avec le plus grand respect de l’écrin qu’il tenait maintenant à la façon d’un prêtre qui manipule l’ostensoir.
– Maintenant, je vous prie de m’excuser. Les affaires du Royaume ne peuvent attendre...
D’Artagnan fit sa plus belle révérence et quitta les appartements de la Régente. Il marchait dans les couloirs du Louvre, souvent déserts à cette heure-là, quand un éclat de voix et un bruit de chaises le retinrent derrière une porte. Elle donnait sur l’un de ces petits salons où l’on jouait au piquet . La nature profonde du gendarme fit oublier quelques instants le trésor dont il était porteur si bien qu’il se cacha derrière un de ces immenses rideaux qui étaient le paravent d’un grand nombre de conspirateurs. Les tentures étaient suffisamment épaisses pour ne pas être vu et comportaient assez de pans pour laisser à la jonction de deux d’entre eux la possibilité d’un poste d’observation. Deux hommes en sortirent. Au vu de leur physionomie, ils avaient tous deux moins de trente ans. D’Artagnan reconnut aussitôt le jeune vicomte de Vaux en compagnie de celui dont la rumeur courait qu’il était le protégé du Ministre de la Guerre. Se pensant seuls, ils poursuivirent leur discussion.
– Monsieur Fouquet, fit ce dernier, me voilà, maintenant et pour très longtemps, votre obligé.
– Le jeu est le jeu, monsieur Colbert. Le vicomte avait en main à ce moment précis une carte et il la tenait à la fois comme un bien précieux et comme un signe de victoire.
D’Artagnan comprit qu’il s’agissait d’une de ces reconnaissances de dette dont les montants étaient parfois astronomiques tant ces jeunes gens, enivrés par les enchères, misaient à en perdre la tête. Il eut le sentiment soudain que ce duo-là ne serait pas en reste mais il n’avait qu’une hâte, c’était qu’ils déguerpissent pour que lui-même pût sortir de son poste de guet où il faisait une chaleur épouvantable.
Peu de temps après, il regagnait sa caserne. Chemin faisant, il songeait à la reine et avait complètement oublié la scène entre les deux jeunes gens. Que pouvait-il faire de ces diamants ? Les vendre ? C’était inconcevable. Les conserver ? Il serait par monts et par vaux à guerroyer pour le compte de Mazarin ou à assurer la protection du jeune roi. Les remettre à quelqu’un de confiance ? C’était tout de même délicat. Les mettre en lieu sûr ? Cette décision lui paraissait la plus sage. Mais à quel endroit ? Le visage de Constance illumina à cet instant les aires inquiètes de son cerveau qui revisitait l’effroyable souvenir de sa mort…
– Constance ! Constance, s’écria D’Artagnan.
Un soupir s’échappa de la bouche de Mme Bonacieux, effleurant celle de D’Artagnan ; ce soupir, c’était une âme si chaste et si aimante qu’elle remontait au ciel.
D’Artagnan ne serrait plus qu’un cadavre entre ses bras.
Le jeune homme poussa un cri et tomba près de sa maîtresse, aussi pâle et aussi glacé qu’elle.
[…]
– Madame, dit Athos […], nous abandonnons à vos soins pieux le corps de cette malheureuse femme. […] Traitez-la comme une de vos sœurs ; nous reviendrons un jour prier sur sa tombe.
Sa décision était maintenant prise : les ferrets rejoindraient la défunte. Lorsqu’au siège de Maastricht, D’Artagnan reçut un coup mortel, les dernières pensées du mousquetaire, qui deviendrait grâce à Alexandre Dumas un des héros les plus connus de l’Histoire de France, allèrent vers la jeune fille de Béthune, enterrée en un lieu désormais inconnu, détentrice d’un secret que le bretteur emmenait également avec lui dans la tombe…